Faire du Sud, enfin......

 

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Faire du Sud, enfin...... Aide toi, ça peut aider le Ciel. Claude ROY.

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Entre deux personnes, l'enfance c'est pire que trente ans de mariage. Françoise Sagan.




A propos

Quand les gars d'Paris montaient sur la côte
Brillants et bronzés de la tête aux roues
Chantal et Marie, Françoise et les autres
Quittaient nos genoux.

Ell's couraient s'mirer, se rouge-à-lèvrer
S'coiffer dans les chromes des voitures de sport
Qui s'décapotaient à leur arrivée,
Devant l'hôtel du port...

Allain Leprest.


 

 


 


Blog

Ballot.

Passer toute son existence en étant persuadé que la mort est le plus beau jour de la vie pour, le moment enfin arrivé, s'éteindre dans son sommeil, donc sans avoir rien vu venir...

C'est ce qu'on appelle manquer une occasion.

Ce qui est dommage, c'est qu'elle risque, malheureusement, de ne pas se représenter de sitôt...

 

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21.10.08 13:51


Des croisières immobiles.

Quand nos vieux os seront perclus et translucides, quand ils seront cassants comme des nuits de 9 novembre, quand notre triste cœur ne battra plus qu’à l’étouffée et que notre peau ne nous réchauffera plus, pauvre pelisse essoufflée…

Quand nos mains trembleront dans le vide et que nos yeux n’y verront que du noir, quand nos oreilles ne nous joueront plus de musiques et que le monde ne nous apparaitra que dangereux à la chaleur d’un feu de pierre ou d’un jet de paille…

Quand nos peurs nous auront glacé les sangs et débarrassés de nos élans, quand les poules auront désormais nos dents et que nos minestrones seront versés à heures fixes, à petits bols, à boire avec des cuillères ou des pailles, pas même d’argent…

Quand nos désirs ne donneront plus d’ordre, que nous resterons couchés la plupart des jours, quand nos pantoufles nous porteront, que nos mémoires s'amidonneront et qu'elles auront vidé les citernes où les souvenirs s’abreuvent...

Quand nous ne conjuguerons plus que des imparfaits, que le monde ne nous sera plus guère souriant, quand vivre sera un haltère et dormir un refuge, quand nous ne pourrons plus rire à cause de nos canines dévissées, étrangères, méconnues au bal des transfuges...

Alors, nous rêverons de croisières immobiles sur des lagons de faïence et, la nuit bienveillante nous y bercera. Sur le pont de brume désormais vide et balayé par le vent, nous réécrirons nos vies sur des pages blanches en nous épargnant, peut-être, les chagrins de nos guerres civiles, de celles qu’on se déclare au petit matin, les pieds dans la sciure, les nuques aux ventres des traversins, entre soie et... soi.

 

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15.10.08 17:52


L'écorché ardent...

est mort à trente sept ans, foudroyé par une pneumonie autrement dit, étouffé, pile le jour de la Saint...Juste...

Qu'est-ce-qui pourrait nous empêcher de pleurer?

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14.10.08 08:33


Le monde malmené allait à vau l'eau et nos vilaines têtes y étaient salement cabossées

par les ardeurs sauvages des courants tempétueux...

Je flânai dans cette ville qui, désormais, ne me disait plus grand-chose. J’y flânai comme quelqu’un qui y avait habité, autrefois et qui l’avait aimée, beaucoup, sans doute trop. Mais nous avions bien changé, elle et moi. Surtout moi. Le « vieil » comme on l’appelait, celui qui avait assisté au dernier envol de Nicolas, de sombre, sale, chantant, calabrais et vivant était devenu propre, presque aseptisé, triste, comme moqueté et parfaitement antipathique.
Il n’y avait plus, dans les ruelles menant vers le port, les invectives et les chants des pêcheurs, on y entendait que les bruits des clochettes des magasins de vêtements et les murmures cosmopolites des touristes qui y déambulaient une glace à la main.
En vrai, c’est le port qui s’était le plus transformé. Il avait envahi ce qui était avant un marécage, là où mon grand-père venait baigner son chien après la criée aux fleurs. De pêche il était devenu de plaisance et s’était agrandi démesurément au point qu’on pouvait se demander qui donc avait les moyens de se payer autant de bateaux. Surtout pour les menotter à quais et donc qu'ils ne voient jamais la mer.
Je flânai comme on peut flâner dans un endroit de vieille connaissance, au sens de canaille, en posant ses yeux pile où on sait qu’il faut les poser. Ce qui était devenu un enfer d’adultes était resté pour moi, un paradis d’enfance ? Ca faisait beaucoup de remue ménage.
Mais ce matin là, il y avait une tension bizarre dans les rues, les gens ne souriaient pas, s’excusaient à peine quand ils se heurtaient, regardaient leurs chaussures en marchant et ne grignottaient rien…
Les deux premiers que j’ai surpris à s’engueuler c’est quand ils sont passés à ma hauteur. J’ai attrapé au vol :
___ Crotte, il faudrait, Mère, que vous vous disiez que je ne suis ni votre chauffeur, ni votre majordome. Savez vous que j’ai ma vie et ce week-end, j’avais prévu de recevoir mon petit-fils, vous savez celui dont vous avez toujours refusé de faire la connaissance sous des prétextes fallacieux…
___ Si tu vois comme un prétexte un enfant hors mariage c’est que tu as perdu ton sens moral, mon pauvre Jean Robert. C’est une tâche qui éclabousse notre famille et nous gâche la vie.
___ Une tâche un enfant de six ans ?
___ Es-tu bien, et veille bien à la réponse que tu vas me donner, disponible ce week-end ?
___ Mère vous êtes odieuse, je vous plante ici même.
Et il avait tourné le dos en accélérant le pas, laissant la râleuse seule avec sa colère. C'est dire si ça allait mal puisque c'est en public qu'ils réglaient leurs comptes....
Quelques minutes après, un couple de jeunes gens flanqué d’une fillette :
___ Demande à ta mère, puisqu’elle sait tout, elle.
___ Hier, Rose tu voulais savoir ce que veut dire exagérer, hé bien en voilà un exemple, ma fille, ton père exagère…toujours.
___ Ce que vous pouvez être chiants, tous les deux à vous disputer sans arrêt.
La mère en distribuant une gifle généreuse :
___ Dis, mais tu entends comment tu nous parles ?
Le père, en la prenant dans ses bras :
___ Tu avais besoin de la gifler pour ça ? Frapper une enfant, c'est moche.

___ Défends la bien, toi, Gros malin, tu ne viendras pas te plaindre quand elle te roulera dans la farine! Ce matin, les parents se criaient dessus devant leurs gosses.

A deux pas, c’est à une terrasse de café que ça se passait : Le serveur s’enguirlandait en charabiant avec deux clients italiens qui surjouaient le drame. Ca s’est corsé quand des touristes russes s’y sont mis. Un équipage de marins américains fortement embierrés a voulu se joindre à la fête et commençaient à vouloir faire leur propre police avec leurs gros bras musclés et cela donnait un joli bordel. Pendant que certains, les plus malins, avaient plongé sous les tables et raclaient les pièces tombées par terre, la plupart gueulait dans toutes les langues et personne ne s’entendait plus rien dire, les verres prenaient leur envol. Les pleins aussi. Et les premiers coups se sont mis à pleuvoir. A cet instant, de derrière tout ce beau linge en furie, sautant par dessus les tables renversées, un jeune gars a jailli. Il était poursuivi par deux flics essouflés et rouges qui criaient: Arrêtez-le, arrêtez-le il a piqué des porte feuilles... La foule électrisée par l'odeur du sang a hurlé: Y en a d'autres, Y en a d'autres et on leur court pas après! Ca les a bien fait rire. Jaune... Dans la rue, les rideaux de fer des boutiques se sont mis à descendre et, à toutes volées, les cloches de la cathédrale ont sonné. C'est après que le ciel a commencé à s'assombrir...

Je flânai dans cette ville qui, désormais, ne me disait plus grand-chose. J’y flânai comme quelqu’un qui y avait habité, autrefois et qui l’avait aimée, beaucoup, seulement voilà, ce matin, l’ambiance n’y était plus. La crise était passée par là et le monde se tendait comme un élastique à l’envers.

Un jour, c’est maintenant certain, c'est au plein milieu de notre gros nez qu'il lâchera.

Alors, nous n'aurons plus que nos yeux...

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12.10.08 09:34


Pardon!

J’aime ces heures où le sommeil, ce lâche,

M’abandonne et me pousse à la rêverie

Alors me viennent des images qui fâchent

Et me donnent l'air niais du chat qui sourit.

 

Car je rêve qu’on m’y secoue l’endive

Qu’en kilt on m’y écosse le haricot

Qu’on m’y soupèse les petits pois.

Ou m’y enlace la lascive.

 

Je rêve qu’on me farcisse la courgette

Qu’on m'y cimente la briquette 

Qu’on m’y enbeaute le radis

Ou m’y enraide le salsifis.

 

Je rêve qu’on me lubrifie le piston

Qu’on m’incendie le phare breton

Qu’on m’y exhausse le chipiron

Et qu’on m’y vide le quart à fond.

 

J’y vois fructifier ma cagnotte

On y cuisine ma carotte

On m’y exagère la Buren

On m’en purge la corinthienne.

 

J’y rêve qu’on y fonde ma dorique

Qu'il y ait un r à ma baguette

Qu’on m’y enquille l’exocet

Qu’on m’y redresse le Grand Oblique.

 

J’espère qu’on m’y reluque la péninsule

Qu’on m’y escalade le gratte-ciel

Qu’on m’y encense l’opuscule

Ou m’y embroche la quenelle.

 

J’aime qu’on m’y dore le sceptre

Qu’on m’y enfume le calumet

Qu’on s’y soucie de ma saucicette

Qu’on m’y troicoute le brigadier.

 

Je veux qu’on m’y entoile la mâture

Qu’on m'y police la nature

Qu’on m’y échauffe la tuyère

Et qu’on m’y enneige la Cordillère.

 

Et le jour venu pour, de ces bêtises

Me faire pardonner, je fréquente les mosquées

Les temples, les chapelles,  les églises

Voire les divans, quand ces dernières sont fermées.

 

 

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24.9.08 17:37


Pressante...

D’abord, il y a le Pont.

Puis, il y a les douces langueurs de Septembre aux aplombs des marées et des fraîcheurs à surprendre aux débuts des soirées...

Ensuite, il y a LA lumière, comme un personnage habité de cent mille bleus, persuadé de dix mille blancs...

Il y a LA lumière, ultime trait du temps, horizontale mémoire, définitivement comme nous, passagère...

Tout en dessous, il y a les landes des genêts, des jaunes et des oyats que le vent d’ailleurs décoiffe ou exaspère...

Il y a des ventres d’oiseaux immobiles épinglés dans le clair et les bedaines étranges de barques échouées repues de départs, les souvenirs désormais au port, morts...

Il y a des langues de sable comme canapés du temps et des phares dressés en bougies d'anniversaires...

Parfois, certains débuts de nuit, montant des salines, il peut y avoir, dans un coin du ciel, une virgule de lune maline pour trace d’infini et les mille miroirs des marais où s’égarent de fragiles et ombrageux nuages...

Il y a, surtout tout autour, l’Océan, comme une colère rentrée qui balbutie, tes ports comme des nids et tes quais comme des lits...

Et puis, ces odeurs d’outre-atlantique, apportées par des blancheurs  d'écume déferlant sur les pontons, noirs comme des promesses non tenues...

C’est là, enfin je crois, qu’il y a cette île où je voudrais qu’elle soit.

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19.9.08 16:30


De bien chers amis...

L'enculé vigoureux... qu’il m’a glissé à l'oreille, un large sourire fabriqué au visage, (le rictus crispé d'avant la détonation?), assez fort, il me l'a envoyé. Assez fort pour que toute la tribune en profite et sache bien clairement de quoi il retourne.
___Tu me connais bien! J’ai répondu du tac au tac, en l'enlaçant pour une accolade chaleureuse et amicale même que ça m’a surpris, j’étais plutôt du genre à répondre du jour au mois d’après. Je devais l’avoir mauvaise. Pas d’être traité d’enculé, ça n’était plus une insulte ni entre nous ni pour personne, tout au plus, une marque d’affection un peu appuyée, comme une ponctuation. On se le balançait comme on se disait bonjour ou enfoiré. Certains mots avaient perdu de leur poids, il ne servait à rien de pleurnicher là-dessus, il suffisait de le savoir. Ce qui me fâchait c’est qu’il me le dise là, dans cette salle venue m’acclamer, et à si forte voix.
___T’en es vraiment un il a renouvelé en souriant à la jolie ministre à sa gauche.
___Et encore, t’as pas tout vu, j’ai fait mine de menacer. Tout ça pour ça, j’ai juste dit. Et là, je savais que j’avais raison. Nous n’avions presque aucune obligation d’en venir aux insultes, tout aurait pu se régler en quelques mots il n’aurait suffit que d’un peu de bienveillance. Il faut croire que nous n’étions, ni lui ni moi, prêts à nous en servir.
Il faut croire que nous préférions la fureur et les cris, la violence et la haine, le théâtre et l’excès, la bêtise à l’intelligence. Et très malheureusement c’était chose commune. Combien de conflits auraient pu se régler juste en s’asseyant devant un verre à une même table, combien de tribunaux pourraient se vider si seulement les gens n’acceptaient qu’une chose : s’écouter… pour s’entendre. Amen.

De son cas, je m'en occuperai le moment venu. Il ne perdait rien pour attendre et ce n'était pas la fidélité sans faille qu'il me manifestait depuis toutes ces années qui le mettait à l'abri de quoique ce soit... Il ne perdait rien pour attendre. Il le savait aussi bien que moi.

Puis, j’ai attaqué mon discours sur la  NPP ( Nouvelle Pauvreté Positive)… dont j'étais, entre nous, l'inventeur du concept qui avait fait couler beaucoup d'encre et  m'avait ouvert des avenues intéressantes... mais j’avais la tête ailleurs…
Bien sûr, j’avais dit à quelques uns tout le mal que je pensais de sa manière d’agir avec Pauline. Evidemment que son attitude m’avait un peu chagriné. Oui, je l’avais trouvé très entreprenant avec Carole. Mais Carole était ma fille, aussi… Ceci peut expliquer cela. Quant à Pauline, mon ex-femme, devenue la sienne, peu de temps après notre séparation, elle n’en n’avait rien su, je m’étais inquiété à tort. Et qu’il ait dix ans de plus que moi n’entrait pas en ligne de compte…
Qu’il ait tenté, dans les débuts de notre amitié de m’escroquer de dix ou vingt mille euros a un peu égratigné nos relations, enfin, ce qui nous lie depuis presque toujours puisque nous nous sommes connus sur les bancs de l’école et déjà, à cette époque il lui arrivait de visiter ma trousse plus souvent qu’à son tour… Nous nous en sommes expliqués, à propos de la dernière fois, il avait un gros besoin d’argent pour sa campagne électorale et préférait ne rien demander à personne… ce qu’on peut comprendre. J’avais à cette occasion pu vérifier que pour lui, je n’étais personne. Il s’était en effet mis en tête de devenir député pour m’approcher un peu du coffre, m’avait-il confié. Pour me marcher sur les plates-bandes, j'avais pensé...Ça lui avait pris dix ans mais il était parvenu à ses fins.

Nous nous étions engagés en politique dès le Lycée, nous avions hésité un peu, au départ sur la route à prendre mais comme les plus jolies filles étaient à droite, alors le choix avait été, finalement, assez simple. On avait pu voir son visage d’ange sur les murs de la petite ville où il avait passé son enfance et où il avait acheté un pied à terre pour l'occasion et où il passait désormais ses fins de semaine avec ses maitresses, ses attachées souriait-il en disant qu’il filait chez ses pauvres. Là, à ce poste et tout au long de la campagne, il avait donné sa pleine mesure. Paroles non tenues, amitiés trahies, cynisme éclatant, mensonges, mauvaise foi, promesses en veux-tu en voilà, sans oublier de se servir au passage en disant à la cantonade : Plus c’est gros, plus ça passe… Le pire, c'est qu'il n'avait pas tort. Son trait de génie avait été d'implanter des concessions de véhicules à bas coûts dans les banlieues chaudes. Ensuite, il lui avait suffit de distribuer quelques billets pour qu'un des jeux soit de bruler des voitures... A part les pompiers, tout le monde y trouvait son compte. Un peu comme si un état déclarait une guerre en étant fabricant d'armes... Bien sur, nous allions à la messe quand la télé y était et nous réservions tous nos week-ends de chaque téléthon...Nous étions devenus de tels menteurs que quand nous disions bonjour tout le monde entendait au-revoir.
C’est quand il s'est fait réélire, un an après son année de prison, sa retraite, son purgatoire, disait-il, qu’il a commencé à se poser certaines questions comme Canton de Vaud ou banlieue de Bruxelles?

___ Dis moi, vous etes un merveilleux exemple de sens moral tous les deux…
___De sens quoi ? Mais de quoi me parles-tu ? Dans notre job c'est des emmerdements assurés, ça...
Il vaut mieux éviter d'en avoir, du sens moral, sinon tu plonges plus vite que tu le crois. Et si tu veux savoir, lui n'en a aucun, il en est absolument dépourvu, c’est même un assez bel enculé, ce gars là et si je m’en suis aperçu assez vite, il m’a fallu du temps pour lui grimper à hauteur de cheville... Crois-moi, je me suis démené. Du sens moral? Pourquoi pas des aveux de faiblesse ou de la bonne foi ou même du doute pendant que tu y es! Tu nous veux du mal, hein c'est ça? Il est parti dans un éclat de rire. Ce type était en acier blindé.
 

___ Comme tu y vas ! Mais chuuut IL t’appelle à la tribune…Va le rejoindre… Sois brillant dans ton discours… On compte sur toi…

 

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14.9.08 21:13


Fleurette.

Je m'en souviens, maintenant, c'est ce soir là que j'ai eu la belle chance de croiser Fleurette. Je raconte Fleurette...

C'est quand elle est sortie de l’hôpital vivante, mais avec des trucs en moins dans l'organisme qu'elle s'était remise à sourire. Ses amis l'appelaient Fleurette parce que ça lui allait bien mais ce n'était pas son vrai prénom. Son vrai prénom, elle voulait bien qu'on s'en serve mais Fleurette, elle aimait bien, aussi. En vrai, elle n'était pas compliquée, elle.
Du moins c’est ce qu’elle nous a dit, à propos de l'hopital. Pas grand-chose qui pouvait l’entamer cette fille là, même si les coups qu'elle avait reçus de la vie lui laissaient de vilaines marques à l’âme, elle faisait tout son possible pour cacher ces entailles. Alors que d’autres les portent comme un étendard : Voyez, voyez tout l'monde, comment j’ai souffert atrocement… Elle c’était, pfffuit, on balaie ça d’un geste de la main : l’important c’est d’être là, aujourd’hui, avec vous…
Elle devait bien peser ses quarante kilos, cette plume d’acier trempé. Mais en face d’elle on était comme devant un pack de rugby juste avant l’introduction de la balle et c’est un visage tout en sourire qui l’accueillait, la balle. Je ne la connaissais pas assez pour savoir si en pilier de bar elle avait ses diplômes, mais au jugé, comme ça , à la va-vite, à l’estime, au coude près, j’aurais volontiers parié que oui. Elle avait deux yeux dorés et un joli regard, léger et profond à la fois, comme tous les gens qui ont beaucoup pleuré. Je ne la connaissais pas assez mais j’étais certain qu’elle avait dû en jeter des containers de caisses de paquets de kleenex. Plus que son compte et sans doute seule, dans le noir, après le départ du dernier fumeur. En toute pudeur.
Elle avait une voix de brume et pourtant elle s’était depuis bien longtemps mise aux blondes et peut-être même à d’autres herbes plus gentilles, de celles qui se fument entre amis, certains soirs après le rhum. Ou pendant. Ou avant… De celles qui consolent après avoir tant pleuré.
Elle avait fait cent boulots Fleurette, elle avait même été hôtesse sur cata (maran, pas strophe), j'aurais gouté avec plaisir à sa cuisine, la meilleure des Caraibes à ce qu'on entendait dire, mais celui qui lui plaisait le plus était de chercher à faire plaisir aux autres. C’est pour ça que ce soir là, qu’elle avait débarqué des pots de confiture bio dans son sac alors qu’elle ne restait même pas dormir.
___ « C’est pour votre petit déjeuner de demain matin, ce sont mes confitures à moi-meme que je fais. Que du bon. D'ici. »

Elle avait collé sur les pots, une étiquette avec les fruits, la date de fabrication et son nom, le tout écrit à la main d'une jolie écriture de fille.
On s’en est léché les babines et on n’a pas attendu le lendemain pour vider les pots.
Ce qui lui allait le mieux, à Fleurette, c’était le présent, enfin, ce qu’elle était en train de vivre. Elle ne s’attardait pas sur le passé, pas toujours rose, à ce que j’ai vaguement compris, rien que cette histoire d'hôpital où elle avait manqué d'y rester, du reste des bouts d'elle y étaient restés, elle ne pensait pas à l’avenir, il viendra bien tout seul, sans qu’on s’en préoccupe, disait-elle, alors…
Alors, elle était gaie d’aménager sa maison sur son ile, à la campagne, de s'échiner à en faire un gîte acceptable et de recevoir ses premiers clients mais elle n’aimait pas trop ce mot là, Fleurette, on avait vite fait quelques chances de devenir son ami. Elle vivait là entourée de cabris, de chats, d’un chien, de sourires, d’alizés et se demandait si elle allait trouver quelqu’un pour lui bricoler une douche et l’aider à refaire la terrasse de sa maison qu’avait tendance à aller voir du coté de la pente qui penche…
Elle ne se faisait pas de souci, elle savait qu’elle trouverait en finale, si besoin était, la force de le faire elle-même de ses propres mains.
Et je la regardais parler, raconter ses malheurs, ses bonheurs et ses espoirs, sans plainte, juste raconter comme ça, pour donner de ses nouvelles, qu’étaient plutôt bonnes en ce moment, en descendant son ti punch, en attendant le deuxième, en réglant son sort au troisième…

Bref, si la vie l'avait castagnée dix fois, elle s'était relevée onze, Fleurette.
En l’écoutant, sur le pont de ce bateau au mouillage, dans la nuit tropicale qui s’amenait avec ses habits de paradis, tout en rose et en douceurs cuivrées, dans les odeurs appétissantes d'une langouste en train de griller, je me disais que nous sommes presque tous faits pareils, de petits animaux fragiles, craintifs mais têtus et solides comme des rocs, capable de résister à tout ce que la vie peut proposer de moche, dotés d'une sorte de mignon sourire comme une lance magique, fichus de désarmer une entière armada  d’amers emmerdements…
Mais que les femmes l'étaient quand même vachement plus que nous, les hommes, si prompts à chouinasser à la première minuscule écharde enfoncé dans un de nos petits petons si sensibles...

Quoiqu’il en soit, j’avais croisé Fleurette, la soirée avait été magnifique, le couchant grandiose et je m’en souviendrai de celle-là, je m'étais dit…

 

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8.9.08 16:09


Et le tien?

Bien sûr, il y eut ces douces soirées s’éternisant, aidées par les blancheurs gouleyeuses de vins frais…
Bien sûr, il y eut ces instants de partage sous le silence infini des étoiles tremblantes…
Evidemment, nous nous sommes étonnés de ces chaleurs étouffantes et nos pas plombés nous ont porté, souvent lors des débuts de soirée, vers des eaux espiègles, galopantes et fraîches…
Oui, nous y avons passé de jolies soirées dans les salles de spectacles de cette ville en fête dont certaines sous un ciel de pépites... je pense à tous les mirages de ce cirque…
Oui, avec les amis de passage, il y a eu quelques débuts de nuit peu sages, seul, le vide éparpillé des bouteilles permet encore de s’en souvenir…
Bien sûr, je t'ai aperçue deux ou trois fois de dos dans le magma d'une foule assise à une terrasse ou dans le reflet opaque d'une vitrine mais ... ce n'était pas toi...
Oui, oui, il nous est arrivé de nous endormir dans le creux accueillant d’un hamac multicolore et surtout doux et parfois même en dehors des heures légales de sieste…
Oui, nous avons bu des apéritifs au sortir des petits déjeuners, juste en secouant les nappes et poussant les bols…
Bien sûr, il y eut ces bains interminables dans des piscines nouvelles endimanchées par les ferveurs des capucines...
Bien sûr, nous avons mangé des poissons grillés … plus que de raison … entre boire et mal cuire nous avions choisi…
Oui, nous sommes allés nous asseoir aux couchants, face au paysage pyromane en train de se mettre en feu, alors, c’est aussi dans nos yeux et nos âmes qu’il était l’incendie à éteindre…
Oui, nous avons parlé fort autour de certaines donnes de cartes devant l’insolente chance des uns et la terrible déveine des autres, la roublardise maudite des uns, la maladresse insigne des autres…
Oui, oui, nous avons parfois pleuré devant des animaux aplatis le long des routes empruntées…
Oui, nous nous sommes repus de salades estivales dans des bouges de travers à des heures impossibles…
Bien sûr, nous avons croisé le sillage de beaux humains et navigué dans les eaux de belles humaines ce qui nous a même fait dire qu'il suffirait de pas grand chose pour qu'on s'en sorte, enfin...
Oui, nous avons dormi la nuque en vrac sur des plages bondées, cuisant à l'implacable chalumeau d’un soleil d’enfer…
Bien sûr, nous nous sommes trempés les pieds, les chevilles et les jambes dans des fraîcheurs entrevues à l’ombre noire des sous-bois de rencontre…
Evidemment, nous avons pesté contre tous ces autres, qui avaient la bêtise d'être là , au même endroit que nous, au moment où nous y venions….
Evidemment, j’ai souvent pensé à ce que tu pouvais faire à l’instant même où je faisais quelque chose que d’ordinaire il nous arrivait de faire ensemble…
Oui, nous avons perdu du temps à l’ombre de grands arbres sur des places animées à parler de tout, surtout de rien, enfin juste à parler… Il arrive qu’en ne se disant rien de très profond, on s’en dise un peu quand même… Et que la légèreté, en fin de compte, pèse son poids…
Oui, nous avons eu des envies de valises pour des bouts de monde de préférence inconnus mais finalement pourquoi partir ailleurs alors qu’on peut être aussi mal en restant ici ?
Evidemment, durant ces jours, nous avons prononcé davantage de bêtises que de phrases impérissables...
Bien sûr, nous nous sommes dit qu’on ne nous y prendrait plus et que les prochaines seraient différentes, qu’il fallait nous croire sur parole…Sur parole de vent...

Et toi, si loin, si Nord, toi qui ne me lis plus, qui ne me dis plus, à qui je ne dis plus, que je ne vois plus, toi, que je ne sais presque plus, qu’en as-tu fait des deux longs mois de ce bel été sans nous ?

D'un mot.

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23.8.08 01:12


Si...

Repensant à cette phrase entendue dans le film Le coeur des hommes: " Il faudrait toujours se poser la question: Qu'est-ce-que je ferais si... j'étais moins con?
J'apporte une première réponse: En voiture, je roulerais moins vite... et ces deux là seraient peut-être encore en vie à nous émerveiller de leur agilité ou de leur vol planant...

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           Heu...non, ça c'est juste un chat antillais qui sieste...

 

 

 

 

10.8.08 17:25


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